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Expert d’assuré, expert d’assurance, expert judiciaire : qui fait quoi dans une expertise bâtiment ?

Dans un dossier de sinistre, de malfaçon ou de fissuration, plusieurs personnes peuvent être qualifiées « d’expert » alors qu’elles n’ont ni le même mandant, ni la même mission, ni la même position. L’expert d’assurance, l’expert d’assuré, l’expert bâtiment indépendant et l’expert judiciaire répondent à des logiques différentes.

À leurs côtés interviennent aussi l’assuré, le propriétaire, l’entreprise, le maître d’œuvre, le syndic, l’avocat, la protection juridique, le commissaire de justice et parfois un technicien spécialisé. Identifier qui mandate chacun, quelle est sa mission et à qui son travail est destiné permet de comprendre le rôle réel de chaque intervenant dans un dossier.

Une même expertise, mais des positions différentes

Le mot « expertise » recouvre plusieurs cadres. Une visite organisée par un assureur après un dégât des eaux n’est pas une expertise judiciaire. L’avis commandé par un propriétaire avant d’engager des travaux n’a pas non plus la même fonction qu’une contre-expertise d’assurance. Enfin, une réunion peut être contradictoire sans être judiciaire : le contradictoire décrit la possibilité donnée aux parties de connaître et de discuter les éléments examinés, pas l’identité de celui qui a organisé la réunion.

La première question n’est donc pas seulement « qui est l’expert ? ». Elle est : « dans quel cadre intervient-il et pour le compte de qui ? ». Cette lecture permet de comprendre pourquoi plusieurs professionnels compétents peuvent aboutir à des analyses différentes : leur périmètre, les pièces disponibles, les investigations réalisées et l’objet de leur mission ne sont pas nécessairement identiques.

Intervenant Qui le mandate ? Fonction principale À qui sert son travail ?
Expert d’assurance L’assureur Analyser le sinistre dans le cadre du contrat, constater, rechercher les causes et évaluer les dommages À l’assureur pour instruire sa position et l’indemnisation
Expert d’assuré L’assuré ou le sinistré (le mandant) Assister l’assuré, présenter son dossier et discuter les constats ou l’évaluation À l’assuré qu’il représente ou assiste
Expert bâtiment indépendant Le client : propriétaire, acquéreur, copropriété, entreprise… Produire une analyse technique définie par une lettre de mission Au mandant, et éventuellement aux parties auxquelles le rapport est communiqué
Expert judiciaire Le juge, par une décision de justice Éclairer le juge sur des questions de fait nécessitant une compétence technique À la juridiction, après débat contradictoire
Sapiteur / autre technicien L’expert judiciaire dans les conditions de sa mission Donner un avis dans une spécialité distincte À l’expert judiciaire, qui l’intègre à ses opérations
Avocat Son client Conseiller en droit, organiser la stratégie procédurale et défendre les intérêts du client À son client et à la défense de sa position juridique

Mandant, mission, partie et intervenant : quatre notions à ne pas confondre

Le mandant

Le mandant est la personne ou l’organisme qui confie une mission. Ce n’est pas un métier. L’assureur est le mandant de l’expert d’assurance ; l’assuré peut être le mandant de son propre expert ; un syndicat de copropriétaires peut mandater un technicien par l’intermédiaire du syndic ; une entreprise peut commander un avis sur un désordre qui lui est reproché. Le contenu du mandat détermine ce que le professionnel doit examiner et produire.

La mission

La mission décrit les questions posées, le périmètre du bâtiment, les documents à examiner, la nature des investigations, les livrables attendus et les exclusions. Une mission de constat visuel, une mission causale, une assistance à expertise, une évaluation des dommages et une mission de maîtrise d’œuvre de réparation ne se confondent pas. Avant toute intervention, la lettre de mission doit permettre de savoir ce qui sera fait, mais aussi ce qui ne le sera pas.

La partie

Une partie est une personne directement impliquée dans le litige ou la procédure : assuré, assureur, propriétaire, entreprise, vendeur, syndicat des copropriétaires, voisin ou autre intéressé. En expertise judiciaire, les parties sont celles qui participent à l’instance. Elles produisent leurs pièces, formulent leurs observations et peuvent être assistées par un avocat ou un technicien.

L’intervenant

Le terme intervenant est plus large. Il peut désigner l’expert, l’avocat, le syndic, l’entreprise, un laboratoire, un bureau d’études ou toute personne participant aux opérations. Être présent à une expertise ne signifie pas être impartial, décisionnaire ou investi de la même mission que l’expert.

L’expert d’assurance : un technicien choisi par l’assureur

Après une déclaration de sinistre, l’assureur décide si une expertise est nécessaire, sauf cadre particulier imposant une autre organisation. Il peut confier la mission à un expert salarié ou à un cabinet extérieur. L’expert d’assurance intervient dans le cadre du contrat et de la mission reçue : il constate les dommages, examine les circonstances, recherche ou discute la cause, apprécie le lien avec l’événement déclaré et évalue les dommages selon les éléments utiles à l’instruction du dossier.

L’expert d’assurance n’est pas l’avocat de l’assureur et ne décide pas seul de la garantie. Son rapport constitue un élément technique sur lequel l’assureur peut s’appuyer pour prendre position. Le fait qu’il soit choisi et rémunéré par l’assureur n’autorise pas à considérer automatiquement son analyse comme fausse ; il faut l’évaluer à partir des constats, des pièces, du raisonnement, des investigations et des réserves exprimées.

Ce que l’assuré peut légitimement lui demander

Un examen effectif des désordres, de leur étendue et de leurs conséquences d’usage.

La prise en compte des pièces utiles et des réparations antérieures.

Une explication de la cause retenue ou écartée, ainsi que l’identification des investigations manquantes.

La formulation claire des observations et désaccords importants pendant la réunion, avec confirmation écrite si nécessaire.

En revanche, l’assuré ne doit pas supposer que l’expert mandaté par la compagnie est son propre conseil. La relation contractuelle principale reste celle entre l’assuré et l’assureur, qui prend la décision de garantie et formule la proposition d’indemnisation.

L’expert d’assuré : l’interlocuteur choisi par l’assuré

L’expert d’assuré est mandaté par l’assuré ou le sinistré pour l’assister face à l’expertise organisée par l’assurance. Selon la mission, il peut préparer le dossier, établir l’état des pertes, examiner les dommages, discuter l’évaluation, participer aux réunions contradictoires et formuler des observations. Son intervention est particulièrement recherchée lorsque l’enjeu financier est important, que les dommages sont complexes ou que l’assuré estime que son dossier est incomplet ou sous-évalué.

L’expression ne doit toutefois pas être utilisée comme un simple synonyme « d’expert indépendant ». Un expert bâtiment indépendant peut être chargé d’une analyse technique causale sans accomplir une mission complète d’expert d’assuré portant sur l’évaluation indemnitaire et la négociation du sinistre. Inversement, une mission d’expert d’assuré doit préciser si elle comprend seulement l’assistance technique, l’état des pertes, le chiffrage, la discussion des valeurs ou l’ensemble de ces prestations.

Honoraires et points de vigilance

Les honoraires sont en principe supportés par l’assuré, sauf prise en charge contractuelle ou accord particulier. Certains contrats comportent une garantie d’honoraires d’expert, avec plafond, pourcentage, franchise, conditions ou exclusions. Avant de signer, il faut vérifier le mode de rémunération : forfait, temps passé, pourcentage appliqué à une assiette clairement définie ou combinaison de plusieurs modalités.

Point de vigilance : un pourcentage ne doit jamais être examiné isolément. Il faut savoir sur quelle somme il s’applique, quelles diligences sont incluses, si les frais sont ajoutés, quand les honoraires deviennent exigibles et ce qui se passe en cas d’absence d’indemnisation ou d’accord partiel.

L’expert bâtiment indépendant : une mission technique définie par le client

L’expert bâtiment indépendant peut intervenir pour un particulier, un acquéreur, une copropriété, une entreprise ou un professionnel. Il analyse des fissures, infiltrations, problèmes d’humidité, malfaçons, non-conformités, désordres après travaux ou situations avant achat. Sa valeur tient moins à une appellation qu’à la cohérence de sa compétence, de sa mission, de sa méthode, de son indépendance déclarée et de son rapport.

Il peut préparer une expertise contradictoire, assister son client pendant une réunion, produire un avis préalable ou recommander une investigation spécialisée. Il ne remplace cependant ni l’avocat pour la qualification juridique et la stratégie procédurale, ni l’ingénieur structure ou le géotechnicien lorsque leur spécialité est nécessaire, ni l’expert judiciaire lorsqu’une mesure a été ordonnée par le juge.

Indépendant ne signifie pas sans mandant

Un professionnel indépendant reste payé par le client qui le mandate. L’indépendance attendue porte sur la liberté de son analyse, l’absence de conflit d’intérêts, la déclaration de ses limites et le refus de transformer une hypothèse favorable au client en certitude technique. Son rapport peut soutenir une position, mais il doit rester argumenté, vérifiable et proportionné aux investigations réellement réalisées.

L’expert judiciaire : le technicien désigné par le juge

L’expert judiciaire intervient lorsqu’une juridiction ordonne une expertise pour être éclairée sur une question de fait nécessitant une compétence technique. La décision désigne l’expert, fixe les chefs de mission et le délai. L’expert tient donc ses pouvoirs du juge ; il n’est mandaté ni par le demandeur, ni par le défendeur, même si l’une des parties doit avancer la provision fixée par la juridiction.

Le Code de procédure civile lui impose d’accomplir personnellement sa mission avec conscience, objectivité et impartialité. Il doit répondre aux questions techniques qui lui sont confiées, sans porter d’appréciation juridique. Il organise des opérations contradictoires, examine les pièces communiquées, recueille les observations des parties, peut demander des documents et dépose un rapport destiné à la juridiction.

Ce que l’expert judiciaire ne fait pas

Aucune partie n’est représentée par l’expert judiciaire, qui n’a pas davantage pour mission de conseiller personnellement l’une d’elles.

Le règlement du litige, le prononcé d’une condamnation et la décision sur l’indemnisation finale relèvent du juge.

Sa mission reste limitée aux questions qui lui ont été confiées ; elle ne peut être étendue librement.

Les conclusions juridiques et la décision finale appartiennent au juge, auquel l’expert judiciaire ne se substitue pas.

Le juge n’est pas lié par l’avis de l’expert, même si un rapport technique complet peut avoir un poids important dans la décision. Les parties doivent donc participer activement : communiquer les pièces dans les délais, assister aux réunions, faire constater les désordres et présenter leurs observations écrites de manière structurée.

Le sapiteur, le laboratoire et les techniciens spécialisés

Dans une expertise judiciaire, l’expert peut recueillir l’avis d’un autre technicien lorsque la question relève d’une spécialité distincte de la sienne. Ce technicien est couramment appelé sapiteur. Par exemple, un expert bâtiment peut solliciter un géotechnicien, un acousticien, un thermicien, un économiste ou un spécialiste d’un équipement particulier.

Le sapiteur ne devient pas l’expert judiciaire principal. Il intervient sur une question spécialisée et son avis est joint au rapport selon les règles applicables. L’expert principal conserve la conduite de la mission et doit articuler cet avis avec les autres constatations. Il faut également distinguer le sapiteur de la personne qui assiste matériellement l’expert sous son contrôle et sa responsabilité.

Hors procédure judiciaire, un expert indépendant ou une partie peut également recommander un laboratoire, un bureau d’études, une recherche de fuite, une étude géotechnique, des sondages ou des mesures instrumentées. Dans ce cas, la commande et la portée de chaque intervention doivent être clairement identifiées.

L’assuré, le propriétaire et le maître d’ouvrage : acteurs du dossier, pas simples spectateurs

L’assuré est la personne couverte par le contrat d’assurance pour le risque concerné. Le souscripteur, le propriétaire, l’occupant et le bénéficiaire de l’indemnité peuvent parfois être des personnes différentes. Cette distinction doit être vérifiée avant de conclure qui doit déclarer, fournir les justificatifs, autoriser l’accès ou recevoir une indemnisation.

Dans un litige de travaux, le maître d’ouvrage est celui pour le compte duquel les travaux sont réalisés. Il conserve les devis, contrats, plans, factures, procès-verbaux de réception, réserves, échanges et preuves d’évolution des désordres. Pendant l’expertise, son rôle consiste à présenter des faits exacts, rendre les zones accessibles, expliquer les conséquences et communiquer les documents sans transformer ses convictions en certitudes techniques.

L’entreprise, l’entrepreneur et leurs assureurs

L’entreprise mise en cause est une partie au débat. Elle doit pouvoir expliquer ce qu’elle a réellement exécuté, les matériaux employés, les prescriptions suivies, les sous-traitants éventuels, les modifications demandées et les reprises déjà réalisées. Elle peut être accompagnée de son assureur, de son avocat, de son propre technicien ou de son maître d’œuvre.

L’entrepreneur n’est pas l’expert du litige. Son avis sur l’origine du dommage est un élément à examiner, mais il doit être confronté aux documents contractuels, aux constats et aux règles techniques applicables. De même, l’expert de l’assureur de responsabilité de l’entreprise intervient dans le cadre de la défense et de la garantie de son assuré ; il ne représente pas le maître d’ouvrage.

Le maître d’œuvre, le bureau de contrôle et les autres constructeurs

Le maître d’œuvre peut avoir conçu, prescrit, coordonné ou suivi les travaux, selon son contrat. Il ne faut pas lui attribuer automatiquement une obligation générale de surveillance permanente. Son rôle et ses responsabilités s’apprécient à partir de la mission effectivement confiée. Le bureau de contrôle intervient, lui aussi, dans les limites de sa mission de contrôle technique et ne se substitue ni aux entreprises ni au maître d’œuvre.

Architecte, constructeur de maison individuelle, promoteur, vendeur, fabricant, fournisseur et sous-traitant peuvent également intervenir. Une expertise sérieuse commence par identifier les contrats et la chaîne d’intervention avant de répartir techniquement les questions.

Le syndic et le syndicat des copropriétaires

En copropriété, le syndic est le représentant et le gestionnaire du syndicat des copropriétaires dans les limites de ses pouvoirs. Le syndicat est la personne morale qui porte les intérêts collectifs concernant les parties communes. Un copropriétaire ou un occupant peut parallèlement être concerné par des dommages privatifs.

Il faut donc clarifier qui déclare le sinistre, qui mandate l’expert, quelle partie de l’immeuble est concernée et quelles autorisations sont nécessaires. Le syndic facilite les accès, rassemble les archives et exécute les décisions relevant de sa mission ; il n’est pas, par sa seule fonction, l’expert technique chargé de déterminer la cause.

L’avocat : la stratégie juridique et la défense de la partie

L’avocat conseille son client sur les fondements juridiques, les responsabilités possibles, les délais, les demandes, les preuves et la procédure. En expertise judiciaire, il veille au respect du contradictoire, suit le calendrier, transmet les pièces, prépare ou adresse des observations — souvent appelées dires — et replace les conclusions techniques dans la stratégie du dossier.

L’avocat n’a pas vocation à diagnostiquer seul une fissure, une infiltration ou un défaut structurel. L’expert technique ne doit pas, inversement, se substituer à l’avocat pour affirmer le régime de responsabilité, la prescription ou la garantie juridiquement applicable. Leur coopération devient particulièrement utile lorsque la manière de qualifier techniquement le désordre conditionne le raisonnement juridique.

La protection juridique : une garantie, pas l’avocat ni l’expert

La protection juridique est une assurance facultative qui peut fournir des informations, favoriser une solution amiable et prendre en charge certains frais de procédure, d’avocat, de commissaire de justice ou d’expertise, selon le contrat. Elle peut être souscrite séparément ou intégrée dans un autre contrat.

Elle ne doit pas être confondue avec l’avocat, l’expert ou l’assureur qui garantit le dommage. Il faut vérifier le domaine couvert, l’existence d’un litige au sens du contrat, le délai de carence, le seuil d’intervention, les exclusions, les plafonds et les barèmes. Une prise en charge partielle peut laisser un reste à payer.

Lorsque les conditions légales sont réunies, l’assuré conserve le libre choix de son avocat. En cas de conflit d’intérêts avec l’assureur de protection juridique, le Code des assurances prévoit aussi la liberté de choisir un avocat ou une personne qualifiée pour l’assister. Il est prudent de déclarer le litige et de demander les conditions de prise en charge avant d’engager des frais, sauf urgence justifiable.

Le commissaire de justice : constater sans diagnostiquer

Le commissaire de justice peut établir un constat matériel : état des lieux, présence de fissures, infiltrations visibles, travaux en cours, abandon de chantier ou contenu d’un affichage. Ce constat peut figer une situation à une date donnée. Il ne remplace cependant pas l’expertise causale : constater une tache d’humidité ne suffit pas à déterminer son origine, et photographier une fissure ne permet pas à lui seul d’expliquer le mouvement de l’ouvrage.

Qui mandate, qui paie et à qui le rapport est-il remis ?

Intervenant Mandant / désignation Paiement habituel Document ou résultat
Expert d’assurance Assureur dommages ou responsabilité Assureur qui le missionne Rapport destiné à l’assureur
Expert d’assuré Assuré / sinistré Assuré, avec prise en charge éventuelle selon le contrat État des pertes, observations, rapport ou assistance selon mission
Expert indépendant Client privé ou professionnel Client mandant Avis ou rapport défini par la lettre de mission
Expert judiciaire Juge Provision consignée par la ou les parties désignées, puis rémunération fixée judiciairement Rapport déposé à la juridiction
Sapiteur Expert judiciaire pour une spécialité distincte Dans le cadre financier de l’expertise judiciaire Avis spécialisé joint ou intégré au rapport
Avocat Client Client, protection juridique ou aide juridictionnelle selon conditions Conseil, actes, écritures et observations
Commissaire de justice Partie ou juridiction selon l’acte Demandeur ou régime fixé par la procédure Constat ou acte de procédure

Quel interlocuteur choisir selon la situation ?

Situation Premier besoin Interlocuteur pertinent Attention
Sinistre déclaré à l’assurance Faire constater et instruire le dommage Assureur et expert d’assurance s’il est missionné Préparer les preuves et ne pas confondre expert et décideur de garantie
Dommages sous-évalués ou dossier complexe Discuter les constats, la cause ou l’évaluation Expert d’assuré ou expert technique adapté à la mission Vérifier le périmètre et les honoraires
Cause technique incertaine Hiérarchiser les hypothèses et investigations Expert bâtiment indépendant, puis spécialiste si nécessaire Un examen visuel peut être insuffisant
Malfaçon après travaux Relier le désordre au contrat et aux travaux Expert bâtiment, avec avocat si l’enjeu juridique l’exige Conserver devis, réception, réserves et preuves avant reprise
Preuve urgente susceptible de disparaître Figer matériellement une situation Commissaire de justice et, selon le cas, expert technique Le constat ne démontre pas nécessairement la cause
Procédure judiciaire engagée Participer utilement à la mesure ordonnée Avocat et conseil technique de partie ; expert judiciaire désigné par le juge Respecter mission, délais, pièces et observations
Question spécialisée Obtenir une mesure ou un calcul spécifique Géotechnicien, ingénieur structure, laboratoire, thermicien… Définir la question précise et les conditions d’interprétation

Quatre situations pour comprendre l’articulation des rôles

Dégât des eaux contesté par l’assurance

L’assureur mandate un expert d’assurance. Celui-ci constate les dommages et recherche l’origine dans le périmètre reçu. L’assuré fournit ses photos, les factures et l’historique. Si la cause reste discutée ou si les dommages paraissent sous-évalués, l’assuré peut mandater son propre expert. La protection juridique peut être interrogée sur la prise en charge de certains frais. L’avocat devient utile si le désaccord porte sur le contrat, la garantie ou une procédure.

Malfaçons après rénovation

Le propriétaire met en cause l’entreprise et commande un avis technique indépendant. L’expert analyse les travaux, les documents contractuels et les désordres sans décider juridiquement de la responsabilité. L’entreprise peut être assistée de son assureur et de son propre technicien. L’avocat organise les demandes et préserve les délais. Si une expertise judiciaire est ensuite ordonnée, le premier rapport devient une pièce de partie et non un rapport judiciaire.

Fissures et expertise judiciaire

Le juge désigne un expert judiciaire et fixe sa mission. Les propriétaires, constructeurs et assureurs deviennent parties aux opérations. Chacun peut être assisté d’un avocat et d’un conseil technique. Si l’analyse du sol excède la spécialité de l’expert principal, celui-ci peut recueillir l’avis d’un géotechnicien. Le rapport final éclaire le juge, qui reste seul chargé de trancher le litige.

Sinistre en copropriété

Un dégât peut affecter une partie privative tout en ayant une origine dans une partie commune. Le copropriétaire, son assureur, le syndic, le syndicat des copropriétaires, l’entreprise d’entretien et plusieurs experts peuvent intervenir. Avant de discuter les responsabilités, il faut identifier les ouvrages concernés, les contrats, les déclarations et la personne qui a effectivement mandaté chaque professionnel.

Les confusions les plus fréquentes

Croire que l’expert d’assurance prend lui-même la décision de garantie : il fournit un avis, mais l’assureur prend position sur le contrat.

Présenter tout expert indépendant comme expert d’assuré : les missions techniques, indemnitaires et de représentation doivent être distinguées.

Croire qu’un expert judiciaire défend celui qui a demandé l’expertise ou avancé la provision : il est désigné par le juge et doit être impartial.

Attendre de l’avocat qu’il établisse seul la cause technique, ou de l’expert qu’il tranche seul le droit.

Confondre protection juridique et prise en charge automatique de tous les frais : le contrat fixe les domaines, seuils, exclusions et plafonds.

Considérer le syndic, l’entreprise ou le maître d’œuvre comme arbitre neutre du désordre alors qu’ils ont une mission et parfois un intérêt propres.

Choisir un intervenant sur son titre uniquement, sans vérifier sa compétence précise, son assurance professionnelle, sa lettre de mission et ses conflits d’intérêts.

Comment lire correctement une convocation ou un rapport

Identifier l’auteur du document, son cabinet, sa spécialité et la personne qui l’a mandaté ou désigné.

Lire l’objet exact de la mission : constat, cause, évaluation, responsabilité technique, assistance ou étude spécialisée.

Vérifier quelles parties ont été convoquées, quelles zones ont été visitées et quelles pièces ont été examinées.

Distinguer les constatations, les déclarations des parties, les hypothèses, les résultats de mesure et les conclusions.

Repérer les limites : accès impossible, document manquant, absence de sondage, mesure unique, condition météorologique non représentative ou spécialité extérieure.

Contrôler les suites proposées : investigation, mesure conservatoire, réparation, chiffrage, réserve ou réunion complémentaire.

Ce qu’un client doit attendre d’un expert bâtiment indépendant

Un expert indépendant utile commence par clarifier la demande et vérifier qu’elle relève de sa compétence. Il explique les limites d’une visite, rassemble les éléments disponibles, décrit les désordres, confronte les hypothèses et indique les investigations nécessaires. Il ne promet pas une conclusion favorable avant d’avoir examiné le dossier.

Dans une assistance à expertise, son rôle est de préparer les questions, faire constater les éléments importants, analyser les positions techniques et aider à formuler les réserves. Il ne se substitue ni au client, ni à l’avocat, ni à l’expert judiciaire. Cette articulation rend le dossier plus lisible et évite que chacun sorte de son périmètre.

Ce qu’il faut retenir avant d’agir

Face à un sinistre ou à un litige bâtiment, la qualité d’un dossier dépend autant de la compétence des intervenants que de la clarté de leurs missions. L’expert d’assurance travaille dans le cadre fixé par l’assureur. L’expert d’assuré assiste l’assuré selon un mandat qui peut inclure l’évaluation et la discussion indemnitaire. L’expert bâtiment indépendant fournit une analyse technique définie par son client. L’expert judiciaire, désigné par le juge, éclaire la juridiction avec objectivité et impartialité.

Autour d’eux, l’avocat traite la stratégie juridique, la protection juridique peut financer ou organiser certains services, le commissaire de justice fige des constatations matérielles, et les entreprises, maîtres d’œuvre, syndics et assureurs défendent ou exécutent leurs propres missions. Avant de choisir un professionnel, cinq questions suffisent à remettre de l’ordre : qui le mandate, que doit-il examiner, qui le rémunère, à qui remet-il son travail et quelles sont ses limites ?

Questions fréquentes

L’expert d’assurance est-il l’expert de l’assuré ?

Non. Il est choisi et rémunéré par l’assureur, auquel il remet son rapport. Il doit analyser la situation objectivement, mais il n’est pas le conseil personnel de l’assuré. L’assuré peut présenter ses observations et, s’il le souhaite, mandater son propre expert.

Un expert indépendant est-il forcément un expert d’assuré ?

Non. L’expert indépendant peut réaliser une mission purement technique. L’expert d’assuré intervient spécifiquement pour assister l’assuré dans le traitement et la discussion d’un sinistre. Il faut lire la lettre de mission plutôt que se fier uniquement à l’appellation.

Qui choisit l’expert judiciaire ?

Le juge le désigne dans la décision ordonnant l’expertise. Une partie peut proposer un nom ou une spécialité, mais elle ne mandate pas l’expert judiciaire. Celui-ci tient sa mission du juge.

Celui qui avance la provision paie-t-il définitivement l’expert judiciaire ?

Pas nécessairement. Le juge désigne la ou les parties qui doivent consigner une provision pour permettre le démarrage des opérations. La charge définitive des frais dépendra des décisions prises dans la procédure.

L’expert judiciaire décide-t-il qui est responsable ?

Il analyse les faits techniques relevant de sa mission et peut fournir des éléments essentiels sur les causes et les travaux. Il ne doit pas porter d’appréciation juridique et ne tranche pas le litige. La décision appartient au juge.

La protection juridique impose-t-elle son avocat ?

Non lorsque le libre choix prévu par la loi s’applique. Le contrat peut néanmoins fixer des plafonds et barèmes de prise en charge. Il faut distinguer la liberté de choisir le professionnel et le montant effectivement remboursé.

Sources de référence

  • Service-Public.fr — Assurance habitation : comment se déroule l’expertise ? — https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F3075
  • Service-Public.fr — Comment fonctionne la garantie protection juridique ? — https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F3049
  • Légifrance — Code de procédure civile, articles 232 à 248 : mesures d’instruction exécutées par un technicien — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006165189/
  • Légifrance — Code de procédure civile, articles 263 à 284-1 : expertise judiciaire — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070716/LEGISCTA000006165192/
  • Légifrance — Code des assurances, article L. 127-3 : libre choix dans l’assurance de protection juridique — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006792825
  • Conseil national des barreaux — Présentation des modes amiables et alternatifs de règlement des différends — https://cnb.avocat.fr/sites/default/files/documents/presentation-mard-support-pedagogique.pdf
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